Colloque sur le bénévolat: La société civile chez nous voisins

Découvrir la société civile de nos voisins
Le 7 juin 2018, plus de 100 personnes ont participé à l’atelier de stimulation à Yverdon. Elles se sont posé des questions sur le rôle de la société civile en France, en Allemagne et en Suisse.

Découvrir la société civile de nos voisins

Avant la tenue de l’Assemblée Générale de la SSUP à Yverdon, plus de 100 personnes ont participé à un atelier de stimulation consacré au rôle de la société civile en France, en Allemagne et en Suisse. La plupart des participants sont impliqués dans des organisations de la société civile ou exercent une activité au sein de la société civile. Quelques représentants politiques ont également participé, comme par exemple le conseiller d’État tessinois Manuele Bertoli. Puisque le peuple suisse est le souverain du pays et qu’il s’engage dans le système de milice de l’État, il n’y a ni débat ni stratégie politique concernant la société civile en Suisse. Pour cette raison, des experts de France et d’Allemagne ont été invités à donner une conférence sur l’ancrage de l’engagement civique dans la politique et l’économie de leur pays respectif.

À l’approche de la conférence, 211 experts germanophones et 32 experts francophones ont répondu à 7 questions sur le rôle de la société civile:

La société civile (associations, fondations, organisations à but non lucratif, ONG, églises etc.) aurait-elle davantage de tâches à assumer si l’État réduisait ses dépenses?

Français [nbsp] [nbsp] [nbsp][nbsp] Deutsch
OUI 38,7% [nbsp] [nbsp] [nbsp] 52%
NON 61,3%[nbsp][nbsp][nbsp][nbsp] 48%%

La société civile a-t-elle davantage de tâches à assumer lorsque les familles et les proches sont dépassés?

Français [nbsp] [nbsp][nbsp] Deutsch
Oui 42%[nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp] 68%
Non, l’individu doit assumer davantage de responsabilités.
0% [nbsp][nbsp] [nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp] 7,5%
Non 58%[nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp] 24,5%

Les employeurs devraient-ils rendre les heures de travail plus flexibles afin que les employés puissent assumer plus facilement des tâches dans le système de milice, dans la société civile ou au service de leurs proches?

Français [nbsp] [nbsp] [nbsp][nbsp][nbsp] Deutsch:
OUI[nbsp] 93,5 %[nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp] 97%
NON[nbsp] 6,5 %[nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp] 3%

Les communes devraient-elles accorder à la société civile son mot à dire dans les questions qui touchent à la vie en commun (développement territorial, prise en charge à domicile, intégration des migrants, etc.)?

Français [nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp] Deutsch:
OUI 100 %[nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp] 83%
NON[nbsp] 0 %[nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp] 17%

L’État devrait-il coordonner les activités de la société civile (soins, intégration, culture)?

Français [nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp] Deutsch
Oui, les particuliers manquent de ressources et de compétences.
13% [nbsp] [nbsp] [nbsp] [nbsp] [nbsp] [nbsp] [nbsp] [nbsp] 21%
Oui, c’est un signe d’appréciation de l’engagement de la société civile.
42% [nbsp] [nbsp] [nbsp] [nbsp] [nbsp] [nbsp] [nbsp] [nbsp] 41%
Non, la société civile s’organise et coopère de manière indépendante.
45%[nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp] 38%

Quelles mesures devraient être prises pour renforcer la société civile?

Français[nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp] Deutsch
L’État a besoin de concepts et de stratégies de coopération clairs.
25% [nbsp] [nbsp] [nbsp] [nbsp] [nbsp] [nbsp] [nbsp] [nbsp] 33%
La société civile doit communiquer plus clairement ce qu’elle fait.
25%[nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp] 27%

La société civile promeut un nouveau contrat social.
31%[nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp] 29%
Autres: thématiser la société civile à l’école, allègements fiscaux
19%[nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp] 11%

Dans la société civile, voyez-vous des différences entre la Suisse alémanique et la Suisse latine au niveau de la perception de soi et de la relation avec l’État?

Français[nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp] Deutsch
OUI 70 %[nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp] 66%
NON[nbsp][nbsp] 30 %[[nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp][nbsp] 34%

Edith Archambault, professeur d’économie et de sociologie auprès de la Sorbonne à Paris, a parlé des relations entre l’État et la société civile en France. Dans ce pays, il y a 12 fois plus de clubs qu’en Suisse, soit 1,3 million. En revanche, il n’y a que 2300 fondations en France, en raison d’une loi restrictive (environ 13 000 en Suisse). Le bénévolat formel dans les associations et organisations est estimé s’étendre à environ 40 % de la population adulte en France, comme c’est le cas en Allemagne. Il y a peu de chiffres exacts concernant ce bénévolat et aucun chiffre sur le bénévolat informel. Depuis 2010, 150 000 jeunes de 16 à 25 ans ont participé à une année sociale volontaire organisée par l’État, le Service Civique. Les jeunes adultes sont accompagnés d’un tuteur et reçoivent une compensation de 580 € par mois (80 % payés par l’État, 20 % par l’institution sociale les «employant»). Un volontaire sur sept aimerait continuer à faire du bénévolat après sa mission.

En ce qui concerne les prestations aux personnes fournies dans l’éducation, la santé et le social, le nombre de bénévoles (société civile) diffère beaucoup selon les domaines:

Prestations aux personnes

État

Société civile

Économie

TOTAL

Éducation

76%

19%

5%

100%

Santé

65%

12%

23%

100%

Services sociaux

28%

62%

10%

100%

Total

25%

8%

67%

100%

La politique sociale en France s’inscrit souvent dans un partenariat public-privé, la «co-construction» où l’État et la société civile coopèrent. Depuis 1998, l’État a travaillé en étroite collaboration avec 18 associations caritatives pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion. Le «Haut Conseil de la Vie Associative» est consulté par l’État dès lors que des lois ayant un impact sur les organisations de la société civile sont concernées. Le modèle de la co-construction existe également au niveau local.

Konstantin Kehl, professeur de gestion sociale à la Haute école spécialisée de Zurich (ZHAW), a comparé la société civile et le bénévolat en Allemagne et en Suisse. Alors que la Suisse se considère comme un «Sonderfall» (cas particulier) à bien des égards, l’Allemagne joue ce rôle par rapport à l’engagement civique. En Allemagne, il existe presque un devoir politique et moral de s’engager pour le bien commun. La pensée républicaine selon laquelle l’homme en tant qu’être social et politique ne remplit sa nature que lorsqu’il participe politiquement à la communauté est plus développée, en Allemagne, que l’attitude libérale selon laquelle l’homme est d’abord un citoyen éclairé assumant ses responsabilités. En Allemagne, le devoir civique tend à être placé au-dessus des droits civils. Alors qu’au cours des dix dernières années, le travail bénévole formel a légèrement diminué en Suisse et légèrement augmenté en Allemagne, les deux pays attribuent paradoxalement ce changement aux mêmes raisons: augmentation de la mobilité sur le marché du travail et augmentation de l’emploi féminin. Alors qu’en Suisse, ces facteurs sont considérés comme une compétition pour le bénévolat, en Allemagne, ils sont perçus comme une chance pour le travail bénévole. Konstantin Kehl a également parlé du rôle de l’État dans la recherche et la promotion du bénévolat. En Allemagne, il existe une stratégie d’État pour le bénévolat, l’État dirige le programme de recherche concernant le bénévolat, et l’État organise trois services sociaux pour les jeunes et moins jeunes. Konstantin Kehl critique le rôle fort de l’État allemand. Pour la Suisse, où la recherche sur le bénévolat est menée par des acteurs individuels, Konstantin Kehl préconise un programme de recherche interdisciplinaire coordonné, par exemple par le Fonds National Suisse.

[nbsp]

L’atelier de la SSUP a abouti aux conclusions suivantes pour la société civile en Suisse:

  • Les entreprises doivent permettre une plus grande flexibilité dans les heures de travail pour que les employés puissent s’engager plus facilement dans la société civile, dans le soin des proches et dans le système de milice.
  • L’État devrait donner à la société civile plus souvent son mot à dire dans les questions qui touchent à la vie sociale (l’aménagement du territoire, la prise en charge, l’intégration etc.)
  • Il faut une discussion sur la question de savoir si et dans quels domaines l’État doit coordonner les activités de la société civile.
  • La société civile devrait communiquer plus clairement sa contribution au bien commun.
  • Il faut ouvrir le débat sur un nouveau contrat social permettant de partager d’une manière juste et solidaire les rôles, les responsabilités, l’autorité, la légitimité et les ressources des acteurs sociaux (l’État, la société civile, le marché et les personnes privées); ce partage devra être justifié et réglementé.
  • Une année du bénévolat devrait être créée. Elle devrait être organisée par la société civile et soutenue par l’État et le marché.
  • Des «Conseils de la société civile» devraient être créés aux niveaux nationaux, cantonaux et municipaux. Ces conseils seraient consultés lors de la création ou de la modification de lois qui concernent les organisations de la société civile.
  • Il faut explorer et promouvoir l’impact positif de la mobilité et de l’emploi des femmes sur le bénévolat.
  • Il convient d’établir un programme interdisciplinaire et national pour la recherche sur le bénévolat, confié par exemple au Fonds National Suisse.