Interventions de courte durée de bénévoles à l’étranger

Volunteering (travail bénévole) + tourisme = volontourisme. Il s’agit d’interventions de quelques semaines, effectuées par de jeunes adultes dans des pays en voie de développement. A première vue, une bonne cause. A regarder de plus près, des doutes surgissent pourtant.

Volunteering (travail bénévole) + tourisme = volontourisme. Il s’agit d’interventions de quelques semaines, effectuées par de jeunes adultes dans des pays en voie de développement. A première vue, une bonne cause. A regarder de plus près, des doutes surgissent pourtant.
Ayant passé une douzaine d’années sur les bancs de diverses écoles, de nombreux jeunes adultes ont envie d’ailleurs. Entre la maturité, le service militaire ou civil et le début de leurs études supérieures, ils souhaitent passer quelques semaines plus ou moins loin de leur pays d’origine. Toutefois, ils ne veulent pas seulement voyager et faire la fête, ils aimeraient partager la vie des autochtones et se faire des amis locaux. Un nombre non négligeable de jeunes de la génération Y s’engagent donc pour une intervention bénévole dans un pays en voie de développement. Ils y œuvrent dans des orphelinats, des camps de réfugiés, des fermes, ou ils s’occupent d’enfants de la rue. A première vue, ces interventions sont utiles pour toutes les parties concernées.

Interventions de types très divers
AFS Suisse est un programme interculturel proposant, entre autres, des interventions de bénévoles de très courte durée (dès une semaine). L’offre du Service Civil International (SCI) comprend actuellement 370 stages de quinze jours dans 90 pays différents; ces interventions bénéficient à un projet de construction en Afrique du Sud, à la sensibilisation à l’environnement en Islande, à un chantier nature en faveur d’oiseaux rapaces nocturnes, à un camp-école en Thaïlande, à l’enseignement de langues pour des étudiants démunis au Vietnam, ou à la plantation d’arbres en Tanzanie. Même le voyagiste «STA Travel» propose une multitude de projets pédagogiques et écologiques à travers le monde. Et son homologue Globetrotter organise des interventions en partie avec le concours d’Helvetas, organisation d’aide au développement. Leurs bénévoles participent à la cueillette du coton bio au Kirghizistan, à la récolte du café bio au Népal, à la plantation de riz en Inde et aux soins apportés à des éléphants en Thaïlande. Les bénévoles de «Nouvelle Planète» interviennent pour créer des jardins communautaires au Cameroun ou construire des salles de classe au Vietnam.

Publicité durable
Sur son site Web, «STA Travel» fait la promesse suivante: «Tu es attiré-e par un projet pédagogique en Afrique, la protection des animaux en Asie, la protection de l’environnement en Océanie, un projet d’utilité publique en Amérique latine… Qu’importe! Tous ces projets ont le pouvoir de te changer durablement et en même temps, de changer une petite part de ce monde. De plus, une intervention de volontaire sur ton CV atteste de ta volonté de regarder plus loin que le bout de ton nez.» Quelles belles promesses! Les voyages et les stages ont indéniablement le pouvoir de former durablement la jeunesse. Mais que ces stages aient des effets durables sur le monde n’est pas très réaliste. Premièrement, faire un voyage en avion pour le Népal afin d’y aider à la récolte de café bio durant quinze jours est incompatible avec l’idée du développement durable, et le projet «Huile de palme» de «Nouvelle Planète» est tout aussi contestable. Deuxièmement, il n’est pas durable non plus de faire entourer des enfants sous-privilégiés dans des régions sous-développées par des personnes certes dévouées mais qui repartent au bout d’une à deux semaines. Troisièmement, c’est une insulte au bon sens si des jeunes de 18 ans enseignent seuls jusqu’à 60 enfants ghanéens; qui plus est, ces jeunes n’ont eu aucune préparation spécifique pour cette tâche – qui, heureusement, n’est que temporaire, là aussi. Quatrièmement, il n’est pas prouvé que des stages de deux semaines à l’étranger mentionnés dans un CV produisent un effet positif sur de potentiels employeurs. En revanche, il est heureux que la Croix-Rouge suisse envisage de préparer les volontouristes à leurs interventions à l’étranger et de leur faire évaluer leurs expériences au retour en Suisse.

Le regard critique s’intensifie
Dans son édition du 1er février, «20 Minuten» a thématisé la question de savoir si exercer une activité bénévole était profitable à la carrière professionnelle. Les jeunes adultes à la recherche d’un emploi sont en effet nombreux à indiquer dans leur CV leur stage de quelques semaines dans un projet de développement, puisqu’ils l’entendent comme une preuve de leur expérience de la vie. Or, l’article dans «20 Minuten» a présenté les résultats d’un sondage en ligne, selon lequel seulement 16 % des jeunes adultes ont confirmé que l’engagement bénévole avait été perçu comme un avantage au cours de leur recherche d’emploi. Certaines entreprises considèrent de telles interventions de courte durée à l’étranger comme moins intéressantes qu’un engagement suivi dans une association ou un club de sport. Un commentaire en ligne relatif à cet article de presse s’est référé à un reportage de 18 minutes, dans lequel la télévision romande met en garde contre de faux orphelinats cambodgiens qui attirent des volontouristes du monde entier pour s’occuper d’enfants non orphelins de la région conduits dans ces établissements à la manière d’animaux de cirque. www.rts.ch/play/tv/mise-au-point/video/le-tourisme-des-orphelinats?id=8347515 (début à la minute 6:00). Les gymnases en Suisse romande invitent désormais leurs élèves à la vigilance en ce qui concerne les interventions de volontourisme.

Lukas Niederberger