De nombreuses raisons pour l’hymne des valeurs

En 2015, un nouveau texte pour l’hymne national suisse a été sélectionné parmi 208 contributions soumises lors d’un concours artistique. Partout où le nouveau texte est chanté, il est accueilli avec un mélange de réserve, d’intérêt et d’enthousiasme.

En 2014, la SSUP a lancé un concours artistique afin que soit créé un nouveau texte pour l’hymne national suisse. Parmi les 208 contributions, les membres du jury et les 50 000 votants en ligne se sont majoritairement prononcés pour le texte «Sur fond rouge la croix blanche» soumis au concours par l’économiste de la santé Werner Widmer. Puisque ces nouvelles paroles proposées pour l’hymne national et le projet même de la SSUP suscitent de nombreuses questions, nous rappelons ci-dessous les 25 raisons du projet CHymne:

  1. Depuis 1999, la Suisse dispose d’un excellent modèle de texte: le préambule de la Constitution fédérale, qui constitue la base idéale pour concevoir un nouvel hymne national.
  2. L’hymne national permet d’intégrer les valeurs centrales d’un pays et d’une société. D’une part, les habitants d’un pays peuvent ainsi intérioriser ces valeurs. D’autre part, l’hymne national de ce pays peut constituer une sorte de carte de visite à présenter au monde.
  3. L’image de Dieu dans le Cantique suisse revêt un aspect nationaliste et panthéiste. Cela contredit à la fois la théologie moderne et les sentiments de nombreux croyants.
  4. Le texte français du Cantique suisse est particulièrement orienté vers le passé: «Garde la foi des aïeux, vis comme eux». Or, les images et les expressions d’un hymne national devraient correspondre au sentiment contemporain en ce qui concerne la langue et être orientées vers l’avenir.
  5. Le Cantique suisse ne s’adresse qu’au genre masculin: «Suisse, espère en Dieu toujours!»
  6. Le texte italien n’est pas non plus une traduction du texte allemand. Là où les francophones chantent le cœur pieux et les germanophones l’âme pieuse et priante, les italophones chantent «libertà, concordia, amor» (liberté, cohésion, amour). Et au lieu du Dieu qui bénira, les italophones chantent «sol di verità» (soleil de vérité).
  7. La prosodie (l’accent mis sur les mots et sa relation avec la mélodie) de l’hymne actuel n’est pas idéale. Dans le texte allemand, la prosodie n’est pas meilleure.
  8. En Suisse romande, le désir d’un nouveau texte est particulièrement fort. La version française du Cantique suisse (de Charles Chatelanat) contient des passages martiaux, tels que «Sur l’autel de la patrie, mets tes biens, ton cœur, ta vie!»
  9. En 1840, le texte original de l’hymne actuel a été écrit en allemand par Leonhard Widmer. En 1961, ce texte a été provisoirement adopté par le Conseil fédéral et, en 1981, il a été consacré hymne national. Les paroles du «Cantique suisse» sont difficiles à retenir. Seuls 10% des Suisses connaissent le premier des quatre versets par cœur.
  10. Lors des manifestations sportives internationales et à l’occasion des célébrations fédérales, un seul couplet du Cantique est joué ou chanté. Werner Widmer propose une seule strophe chantée sur la mélodie de l’ancien hymne:

    «Sur fond rouge la croix blanche, symbole de notre alliance, signe de paix et d’indépendance. Ouvrons notre cœur à l’équité et respectons nos diversités. À chacun la liberté dans la solidarité. Notre drapeau suisse déployé, symbole de paix et de liberté.[nbsp]»

  11. Certaines personnes critiquent le fait que la SSUP, et non le Parlement ou le Conseil fédéral, propose la création d’un nouveau texte pour l’hymne national. Or en Suisse, c’est une tradition que les nouveautés et les changements naissent au sein de la population. Sans les initiatives de la société civile, le pays ne connaîtrait ni le droit de vote des femmes, ni l’AVS.
  12. L’hymne national actuel a été chanté par la population, durant des décennies, en parallèle avec un autre hymne de l’époque «À toi, patrie, Suisse chérie, le sang, la vie de tes enfants.» Le Conseil fédéral a expressément approuvé cette procédure, à l’époque comme aujourd’hui.
  13. Avant que le Parlement et le peuple suisse puissent décider d’un amendement de l’hymne national, il est important que le nouveau texte soit connu dans tout le pays. Les sciences modernes soulignent que les décisions sont bonnes et cohérentes si les différentes options sont suffisamment connues à l’avance.
  14. Dans ses réponses aux motions et interpellations parlementaires présentées depuis 2013, le Conseil fédéral a défendu, à plusieurs reprises et sans équivoque, le projet de la SSUP visant à introduire un nouveau texte d’hymne national.
  15. Depuis 2016, la SSUP invite régulièrement les communes, les écoles, les associations culturelles et sportives à chanter le nouveau texte de l’hymne lors des célébrations du 1er août, en plus du Cantique suisse et sur le même air, donc non pas à la place du Cantique, mais comme supplément. La comparaison directe des deux textes peut donner lieu à de précieuses discussions.
  16. En Suisse, il n’existe pas de loi imposant aux communes ce qu’elles doivent chanter ou pas le 1er août. Le 1er avril 1981, le Conseil fédéral a déclaré que le Cantique suisse était obligatoire uniquement pour l’armée et pour la sphère d’influence des représentations diplomatiques à l’étranger.
  17. La SSUP ne se contentera pas de veiller à ce que le texte de l’hymne national suisse soit modifié. Le projet CHymne de la SSUP a l’effet secondaire positif de déclencher des débats sur les valeurs. Lors de ces débats, les différentes hiérarchies de valeurs et les différents récits de la Suisse se rencontrent. De tels débats sont précieux et nécessaires.
  18. La Suisse en tant qu’État est neutre sur le plan religieux. Avec sa référence explicite à Dieu, le Cantique «s’approprie» toutefois les quelque 25% de citoyens n’ayant aucune affinité avec Dieu – ou il les exclue de la communauté du chant.
  19. Les valeurs et symboles chrétiens sont implicitement présents dans le nouveau texte de l’hymne. La croix comme symbole chrétien est chantée deux fois. Les valeurs exprimées dans le préambule de la Constitution fédérale et dans le nouveau texte de l’hymne sont fortement influencées par le christianisme, mais elles peuvent aussi être chantées par des gens qui ne se disent pas religieux.
  20. Le comité de soutien au nouveau texte de l’hymne compte plus de 200 personnalités suisses ainsi que d’autres personnes qui se sont engagées pour le nouveau texte sur le site hymnenational.ch
  21. Dans de nombreux autres pays (France, Italie, Angleterre, Canada, USA, etc.), la société civile travaille également sur de nouveaux textes d’hymnes. L’Allemagne a supprimé les deux premières strophes de son hymne après la Seconde Guerre mondiale. Le texte de l’hymne autrichien a été adapté, il y a quelques années, pour avoir été jugé sexiste.
  22. Bien que l’anglais soit la langue maternelle d’environ 300’000 personnes vivant en Suisse et de 200’000 Suisses de l’étranger, il n’existe pas de version anglaise du Cantique suisse. Le nouveau texte de l’hymne sera traduit non seulement dans les quatre langues officielles, mais aussi en anglais, puis en espagnol, portugais, albanais et en d’autres langues.
  23. Le nouveau texte de l’hymne est l’occasion de développer un support pédagogique sur les hymnes nationaux. En effet, ces hymnes sont un sujet intéressant pour les cours scolaires car ils concernent l’histoire, l’éthique, la politique, le droit, la langue et la musique, de plus ils sont parfaitement adaptés aux projets interdisciplinaires.
  24. Les nouvelles paroles proposées pour l’hymne devraient encourager d’autres organisations de la société civile, et des citoyennes et citoyens individuels, à participer au processus de création d’un nouvel hymne. Un jour, «Sur fond rouge la croix blanche» ne paraîtra sans doute plus nouveau et à jour, mais suscitera le désir d’un autre texte plus cohérent.
  25. Dès le début, la SSUP savait que le projet d’hymne ne serait pas facile et rapide à mettre enuvre. Les prises de conscience prennent des décennies plutôt que des années; ils nécessitent donc l’art du long souffle. La SSUP le possède.