3. décembre 2017

Les jeunes bénévoles acquièrent des compétences

Dans une étude récente, l‘Institut fédéral des hautes études en formation professionnelle (IFFP) a analysé les compétences acquises par des jeunes au cours d’un engagement bénévole et à la manière dont ils les utilisent pour leur formation ou leur vie professionnelle.

Reconnaître le travail bénévole de la jeunesse
Une étude s’est intéressée aux compétences acquises par des jeunes au cours d’un engagement bénévole et à la manière dont ils les utilisent pour leur formation ou leur vie professionnelle.

Quelques jeunes membres d’une association ont organisé un grand événement. Pour cela, ils devaient gérer un budget, réserver un site pour accueillir l’event, passer commande à un traiteur et faire livrer des boissons, se préoccuper de la décoration et de la sécurité à garantir tout au long de la manifestation. Que ce sont là des compétences réelles qu’ils ont acquises au passage, ils n’en ont pas vraiment eu conscience. «Ce n’est pas sorcier d’organiser une sorte de brunch pour 200 personnes», disent-ils. Il est courant que les jeunes minimisent leurs engagements volontaires et qu’ils sous-estiment la valeur des expériences acquises. Par conséquent, ils n’en parlent guère lors de leurs entretiens d’embauche; ils les mentionnent tout juste dans leurs CV sous la rubrique «Loisirs». C’est ce qui ressort d’une enquête menée par Institut fédéral des hautes études en formation professionnelle (IFFP) dans le cadre d’un projet de recherche venu à terme fin 2016 et portant sur l’engagement de la jeunesse dans les activités bénévoles et le développement de compétences. Interviewant de jeunes bénévoles (16 à 25 ans), les enquêteurs ont analysé leur motivation et les avantages tirés des engagements bénévoles. La plupart des jeunes étaient devenus membres d’une association du fait que leur proche entourage les y avait incités. Les jeunes personnes s’étant engagées dans un domaine humanitaire, écologique ou social, ont souvent évoqué un intérêt marqué pour les objectifs de leur association ou le désir de se rendre utiles. A la question de savoir si, lors de leurs activités bénévoles, ils avaient acquis des compétences susceptibles de les servir auprès d’un employeur potentiel, les jeunes ont surtout indiqué des formations officielles (participation à des cours Jeunesse+Sport, introductions théoriques aux droits humains). Ce n’est que dans un deuxième temps qu’ils ont reconnu le fait d’avoir acquis de précieuses expériences: ils ont appris à mener un projet, ils ont mûri, ont pris de l’assurance et savent utiliser leur réseau. Responsable du projet de recherche auprès de l’IFFP, Sandrine Cortessis explique que l’engagement bénévole et le développement de compétences sont corrélés. «Plus les jeunes se sentent reconnus, et plus ils s’engagent pour leur association. Plus les missions confiées sont intéressantes et exigeantes, plus les jeunes souhaitent s’impliquer.» Cortessis a observé que, de cette manière, les jeunes atteignent un statut et un niveau de responsabilité qui ne leur étaient pas accessibles sur la base de leur formation.

En coopération avec la Fédération vaudoise des jeunesses campagnardes (FVJC), à la suite des interviews, les chercheuses de l’IFFP ont organisé des ateliers avec les jeunes. L’objectif était de faire prendre conscience aux jeunes qu’ils avaient acquis des compétences et de les inciter à intégrer ces compétences dans leurs CV, et aussi à les utiliser pour leurs candidatures. Il a été demandé aux participants des ateliers de réfléchir à leurs activités bénévoles et de les décrire par le menu. Les compétences correspondantes ont ensuite été identifiées ensemble: planifier, organiser, diriger une équipe, gérer un budget; développer son autonomie, un bon esprit d’équipe, ses relations avec autrui; tisser un réseau et l’entretenir, etc. Dans l’étape suivante, les jeunes ont dressé l’inventaire des compétences acquises pour les présenter sur des cartes de compétences détaillées. Ils ont alors compris que ces compétences étaient transférables à la vie professionnelle. Le processus a conduit in fine à l’élaboration d’un portefeuille collectif de compétences, utilisable par des jeunes bénévoles comme base pour leur portefeuille personnel de compétences. A l’avenir, ce projet permettra de sensibiliser les associations à établir systématiquement des attestations d’engagement pour leurs bénévoles. Le Conseil Suisse des Activités de Jeunesse souhaite depuis longtemps que soient reconnues officiellement les compétences acquises par le bénévolat; il a participé à l’élaboration d’un dossier permettant de documenter l’engagement bénévole et de l’attester. «Les adultes s’engagent souvent bénévolement afin de trouver un équilibre par rapport à leur vie professionnelle, alors que les jeunes exerçant une activité bénévole peuvent découvrir par ce biais des domaines professionnels qui leur étaient inconnus», explique Sandrine Cortessis. De nouvelles compétences peuvent générer de nouvelles impulsions et, partant, influer sur le choix professionnel ou la voie d’études. Ainsi, un engagement auprès d’Amnesty International peut faire découvrir un intérêt pour le droit ou les sciences politiques. En organisant un festival, on peut être pris de passion pour la gestion professionnelle d’événements. Par ailleurs, les activités bénévoles peuvent être bénéfiques au développement personnel. Citons l’exemple d’une jeune femme qui, du fait de sa fonction bénévole de Présidente d’un parlement de jeunes, a personnellement évolué de manière à surmonter des problèmes rencontrés au cours de ses études. Les activités bénévoles profitent donc à l’assurance de soi et à la responsabilité personnelle, ce qui peut avoir des effets positifs pour la formation professionnelle ou académique.
Par Ingrid Rollier, rédactrice auprès de PANORAMA

www.iffp.swiss